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Pollution d’un lac dans le Cantal : une filiale d’Areva devant la justice

La Société des mines de Jouac, filiale d’Areva qui y a exploité le gisement d’uranium, comparaît depuis hier devant les juges aurillacois pour pollution des eaux d’un lac à Saint-Pierre. Une audience qui a vu se succéder les plus grands spécialistes français du nucléaire.

Après neuf ans de procédure et deux reports d’audience, le procès de la filiale d’Areva, comme en témoignait la foule réunie au tribunal correctionnel d’Aurillac, était très attendu. Le maire de Saint-Pierre, des habitants de cette petite commune du Nord-Cantal et les représentants des associations « Pour notre qualité de vie » et « Nos enfants et leur sécurité », tous partie civile, avaient fait le déplacement.

La Société des mines de Jouac, une filiale d’Areva qui a exploité le gisement d’uranium, comparaît en effet prévenue de deux infractions : la pollution des eaux du lac de Saint-Pierre et l’abandon de déchets dangereux.

Après s’être attardée sur des questions de procédure, l’audience d’hier a été consacrée à l’audition des premiers experts. Au total, six témoins sont cités à la barre.

Des débats longs
et techniques
La présidente du tribunal, Sabah Tir-Lahyani, a regretté qu’au terme de neuf ans de procédure, on aboutisse à « une accumulation d’analyses », qui n’ont pas été effectuées aux mêmes endroits ni avec les mêmes méthodes de prélèvement.

Les débats d’hier ont été longs et techniques. A l’image des explications de Didier Gay, adjoint au directeur des déchets à l’lRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire), un établissement public subventionné par l’État. L’expert a précisé que le contexte géologique pouvait expliquer les fortes concentrations en uranium. « Dans la partie nord-est du plan d’eau, il n’est pas étonnant d’avoir des mesures élevées. C’est le lieu précis où se trouve le gisement. C’est une origine naturelle. » Et de nuancer son propos : « À d’autres endroits, comme à l’entrée du plan d’eau, elles peuvent être associées à une activité minière. » Bruno Charreyron, ingénieur à la Criirad (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité) a rappelé que plus de 500.000 tonnes de déchets radioactifs ont été entreposées sur le site, dont 200.000 tonnes au nord du plan d’eau, près du terrain de sport. « Ces résidus sont à quelques centimètres du sol, sans confinement, en contact direct avec les eaux souterraines ». Pas étonnant donc, selon lui, que des taux de radiation très élevés aient été enregistrés aux abords du terrain de football et du plan d’eau.

Avant ces interventions techniques, le représentant légal de la Société des mines de Jouac avait retracé l’histoire du site, « un gisement exceptionnel » qui permettait d’extraire « 3 kg d’uranium par tonne de minerai ». Bruno Schira a insisté sur « l’exemplarité » et « la transparence » de la surveillance mise en place par Areva après le démantèlement du site en 1985.

L’audience se poursuit aujourd’hui.

Catherine Perrot

catherine.perrot@centrefrance.com

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